Vendredi 28 mai, départ vers dix heures pour ces trois jours de marche qui je pense vont être exceptionnels. Alain et Michel filent devant avec Tashi, le cook est resté avec les quatres yaks qui vont porter bagages et intendances, ils vont vite me rattraper. Les chauffeurs et les deux véhicules nous attendrons à Darchen pour nous récupérer. Le temps est incertain, nous nous retrouvons pour le lunch de midi dans un tea shop nomade, quelques flocons à l’arrivée.
Pour l’instant pas de difficultés, la montée est douce et progressive, il suffit de garder son rythme. Une petite heure plus tard nous revoici à pied d’oeuvre, la neige a cessé. Je trouve la montée assez facile, pas de souci non plus avec le mal des montagnes, mon corps supporte, je ne souffre pas non plus du froid. Arrivée à Dirapuk 4905m dans l’après midi, c’est ici que nous passerons la nuit, je suis surpris que l’étape se termine déjà. J’ai pu faire quelques photos en route. Un poêle, dans la tente nomade qui sert de tea shop, nous réchauffent, j’apprécie ces bouses de yaks qui servent de combustible car s’il fallait trouver du bois ici nous aurions bien du mal. Le vent s’est mis à nouveau à nous siffler aux oreilles, jusqu’à présent nous n’aurons eu aucune journée sans qu’il nous accompagne. En face, de l’autre coté de la rivière la Gonpa de Dirapuk trône à flan de montagne. Les troupeaux de yaks nous rejoignent, chacun installe sont campement, Tashi décide d’aller plus en avant d’un km pour être partiellement abrité du vent, glacial maintenant, demain nous serons plus prêt pour traverser la rivière. Ce soir tout va très bien pour moi, demain est un autre jour. Diner et dodo de bonne heure, au chaud dans le duvet.
- – - – - – -
Samedi 29 mai, ce matin départ vers huit heure car la journée risque d’être longue. Nous entamons tout de suite après la rivière l’ascension du Dolma la 5636m, le chemin est pénible, traversés de ruisseau sur pierres glissantes, par endroits, montée assez rude, nous avons eu peu plus de 700m de dénivelé dans la journée dont 500m en moins d’1 km. Cette grimpette se déroule en une énorme file indienne, yaks et chevaux compris, il y a des chevaux qui nous accompagnent pour les personnes qui seraient en difficultés, ils sont à louer. Je souffre un peu physiquement mais surtout à cause du souffle, je sens bien que l’air est raréfié, l’oxigène manque. Le paysage est de toute beauté, la rivière est encore remplie de glace par endroit, sur une épaisseur de 30-40cm.

Je suis doublé, je double, mettre un pied devant l’autre devient de moins en moins aisé, en levant la tête j’apercoie les nombreux drapeaux de prière qui orne le col, ça donne du courage. Wouahou m’y voici, L’ascension aura était dure mais le mental était là, cela aura amoindri l’effort. Je m’assoie pour admirer les alentours, c’est beau. Beaucoup de monde sont postés là, je veux prendre du temps et ne pas redescendre tout de suite, je profite de cet instant magique… Je dépose les propres drapeaux de prière que j’ai amené ainsi que des bâtons d’encens que j’allume, je m’assoie et savoure, je n’ai vraiment pas envie de repartir mais la route est encore longue avant le camp de ce soir, il faut y aller. Le ciel se couvre à nouveau au moment où j’entame la descente, une neige sèche se met à tomber, pas trop gênante, une pente rude jusqu’au campement nomade où nous prendrons notre repas, je reste à l’intérieur de la tente, bois pas mal de thé. Nous nous sommes tous rejoint, départ pour Zutulpuk Gonpa 4600m, lieu de notre prochain camp, pas mal de dénivelé, cette fois dans la descente. La neige a cessé le vent se lève m’obligeant à sortir le bonnet. La route est longue, je n’en vois pas la fin, je désespère un peu, heureusement un soleil radieux fait son apparition. La fatigue se fait sentir à nouveau, j’en ai plein les jambes, respiration difficile malgré la descente nous perdons 1000m entre le Dolma la et Zutulpuk Gonpa. 18h, me voici au camp, je n’en peux plus, un peu de découragement, je m’abreuve de thé, retrouve une respiration à peu près normale, je me repose, ce soir je ne mangerai qu’un bol de pâtes, besoin de sucre lent pour la journée de demain. Ce qui me rassure c’est que je ne ressent aucune douleur liée au mal des montagnes.
- – - – - – -
Dimanche 30 mai, nuit agitée, les muscles vont à peu près bien, je reprend la route avec un bon moral, en 4-5h je devrais atteindre Darchen où nous attendent les véhicules, je prend le temps d’admirer les décors. Voilà, trois jours plus tard je suis satisfait de ma Kora, pas facile je reconnais mais heureux de l’avoir faite.
Ce soir nous dormirons en lodge, diner dans un restaurant du village, je me régale de pommes de terre cuite avec du porc et différents légumes, le tout arrosé de thé vert, je n’ai pas perdu l’appétit. Je rentre pour écrire un peu, cette approche du Tibet me plait.
- – - – - – -
Lundi 31 mai, fin de la première partie, nous entamons aujourd’hui un trek exploratoire qui doit nous mener sur les rives du lac Balung tso. C’est une région qui n’aurait pas encore été visité par des occidentaux. Sur le trajet en jeep vers Paryang, nous glanons quelques renseignements importants nous apprenant que la piste vers le lac existe bien mais à hauteur du col il n’y a plus de passage, seulement de la roche. Impossible donc de continuer dans cette direction, il y aurait un autre passage bien plus loin qui nous permettrait d’atteindre d’autres lacs. Nuit à Paryang, il est déjà tard.
- – - – - – -
Mardi 1er juin, nous trouvons la route qui doit nous mener vers ces lacs. Une station service a la jonction de ces 2 pistes nous permet de faire le plein et de remplir 2 jerricans, car ensuite ce sera galère pour en trouver. Nous déjeunons à New Drongpa, village à majorité chinoise, sans intérêts pour moi, plus loin nous stoppons à Bordo Xang où se déroule une fête des écoles. En sortant du véhicule, je me rend compte qu’ils n’ont jamais vu d’occidentaux car les jeunes enfants ont peur et filent en courant dans les jupes de leur mère, chose encore plus incroyable les ados et adultes possèdent des téléphones portables équipés d’un appareil photo, c’est moi qui suit devenu le chassé, ils me tirent le portrait dans tous les sens, avec les uns et les autres aucun ne veux louper la sienne, me voilà vedette dans se petit village tibétain, je laisse faire comprenant que ça leur fait plaisir, tous rigolent, moi aussi. Je n’aurais moi même aucune photo de cette fête, ce n’est pas grave. Ils sont comme au Zanskar très étonnés par les poils des bras qu’ils me tirent par jeu, ils m’offrent une boulette de tsampa «farine d’orge» mélangée à du tchang « alcool préparé également à base d’orge» que j’accepte avec plaisir. Nous reprenons la route en doublant le mont Yun la gang ri 5350m. Route très longue, nous ne savons pas jusqu’où elle mène. Quelques km plus tard, nous apercevons notre camion arrêté sur le bas coté, une fuite de gazoil due certainement à un cailloux, le filtre est touché, réparation réussi, j’espère qu’elle va tenir jusqu’au bout. Nous roulons dans une vallée splendide, des tons ocres et bruns où de temps en temps vient se poser un peu de verdure pour nourrir les importants troupeaux de moutons, chèvres, yaks ainsi que des antilopes sauvages. Nous croisons également quelques couples d’aigles. Le problème maintenant est de trouver de l’eau pour installer le camp. Ces journées de jeep sont épuisantes, enfin vers 19h nous trouvons une rivière près d’un campement nomade, sans trop de roche pour pouvoir installer les tentes. Tout va bien, le soleil ne se couche que vers 21h30, le cook a le temps de nous concocter un repas. C’est du bonheur pour moi de me trouver là, au milieu de ces nomades qui peut être se posent des questions sur notre présence ici. Se termine pour moi une journée chargée d’émotions.
- – - – - – -
Mercredi 2 juin, déception hier soir avant d’aller au lit, deux jeunes adultes du camp nomade viennent me demander une photo du Dalaï Lama, je n’en ai pas bien sûr, car il est interdit d’en posséder au Tibet, encore moins d’en passer à la frontière, la douane à mon avis n’est là que pour rechercher ces images que les voyageurs pourraient laisser aux tibétains. Si l’on est pris avec, l’on se fait refouler et impossible ensuite d’obtenir un visa d’entré. Quant au peuple il risque gros s’il est pris en possession de photos, les monastères sont tenus à la même règle. Nous reprenons la route, deux heures plus tard un groupe de tibétains nous dit qu’il n’y a aucune piste menant à ces lacs, demi tour, déjeuner au village de Lungar Town, le patron du resto nous confirme le fait, aucun accés possible, grosse déception, cherchons avec Tashi un palliatif, trouvons d’autres lieux sur la carte paraissant intéressant, mauvaise nouvelle, nous ne pourrons pas obtenir de yak faute de nourriture, il n’a pratiquement pas plu depuis deux ans dans ces plateaux transhimalayens pas d’herbe possible sur le trajet. J’ai du mal à accepter de quitter ces lieux superbes, Tashi trouve peut être une solution en consultant la carte, une possibilité de nous déplacer en 4/4 dans ces régions. ok on y va, pourra t’on réaliser tout le périple qu’il nous propose, 22 jours au total, nul ne sait, croisons les doigts. Nous campons près du village, un berger approche, il nous invite à venir passer un moment chez lui, c’est la maison la plus proche du camp, enfin maison!!!! une pièce de 20m2 où ils vivent à cinq, crasseux mais remplie de sourire et de bonne humeur, cela nous remet le moral au beau fixe.
- – - – - – -
Jeudi 3 juin, peu de route aujourd’hui, nous camperons au bord du lac Damro Tso, la vue est splendide, le ciel d’un bleu azur me fait penser à des plages méditerranéennes, sans le béton i les touristes. A peine les pieds hors de la jeep, nous subissons une invasion de moustiques. Demi tour, nous repérons un point d’eau un peu en retrait du lac, cela fera l’affaire. Un yakier passera une partie de l’après-midi avec nous avec son troupeau. Je profite de la rivière pour faire un minimum de toilette et de lessive, le soleil et le vent sècheront tout ça. Cette nuit la température sera toujours négative, nous sommes à 4500m, je m’y suis fort bien habitué n’étant pas frileux. Je m’allonge un long moment au soleil en me protégeant car à cette altitude cela ne pardonne pas. J’imprègne ma mémoire du lieu où je me trouve et savoure le bonheur qui est le mien. En fond d’écran les cimes ocres, le lac turquoise, le ciel azur et les taches brunes des yaks qui paissent tranquillement, comment ne pas rêver à cette planète qui est une merveille de la nature.
- – - – - – -
Vendredi 4 juin, nous prenons la route tard dans la matinée, faisont un stop au village de Dhapyel Tsaka prêt du lac salé Taro Tso, ce lac contient sous sa couche de 30 à 40 centimètres de sel, de l’uranium que le gouvernement chinois va bientôt s’empresser à piller. La lumière vive du soleil se réfléchissant sur le lac oblige à porter des lunettes de soleil. A l’entrée et sortie du village des tas de sel prêts à être vendu et expédié en chine, tandis que l’extraction continue sur le lac. Une boisson au tea shop, je sort faire une partie de ballon avec quelques gamins accourus pour voir les visages pales,les sourires fusent je les leurs rend bien. Déjeuner à Borchang Xang, nous voudrions aller camper sur la rive d’en face, pas de piste, nous traversons une sorte de marée salant, le camion s’embourbe, nous le sortons de son mauvais pas aidés d’un cable d’acier et de la jeep. encore un demi tour pour retourner à Borchang et y passer trois nuits. nous nous trouvons au point d’eau prêt d’une tente nomade, je passe une partie de l’après-midi et de la soirée avec eux, thé au beurre, tsampa, beaucoup d’enfants sous la tente, j’espère qu’ils ne sont pas tous frères et soeurs!! cela ferait une belle famille. Ils sortent les mains chargées de bonbons, j’ai l’impression que c’est leur nourriture favorite, il y a je pense une carence alimentaire, malgré les propriétés de la tsampa. La nuit tombe, je rentre sous la tente pour y passer une mauvaise nuit car je n’avais pas remarqué que j’était installé sur un monticule de terre placé au centre du sac de couchage, je tente de dormir la tête au pied mais rien n’y fait, la nuit se passera comme ça. Nous avons deux tentes pour trois personnes, je dors avec Alain tandis que Michel est seul.
- – - – - – -
Samedi 5 juin, ce matin nous décidons avec Tashi d’aller revoir le village prêt du lac salé, une douzaine de km sur du terrain plat. En route nous tombons sur une tente nomade, je décide de rester avec eux, cela me permettra également de me retrouver seul, tant pis pour le village déjà vu. Elle est occupée par quatre personnes, le père et ses trois fils seuls les deux plus jeunes sont présents, ils m’offrent tsampa thé au beurre et bien sur les bonbons qui trônent prêt du poêle dans un énorme sachet. Quelques photos, j’apprend au plus âgé le maniement de l’appareil, je fais son bonheur, ils veulent ensuite visionner toutes les photos qu’il contient. Nous passons un long moment, il en faut peu pour créer un contact. Retour au camp où je charge mes batteries avec le panneau solaire prêté par une amie. Le vent se lève mais reste supportable, je monte faire un tour à l’école qui doit accueillir d’autres enfants que ceux du village vu l’ampleur des bâtiments.
Quelques gamins que j’ai déjà rencontré me font visiter la partie dortoir des bâtiments, effectivement il y a près de 24 pièces de trois lits superposés chacune avec un petit poêle au centre permettant de chauffer l’endroit, ceux sont des poêles identiques à ceux du Zanskar, alimentés avec de la bouse de yak ou chèvre.L’école accueille garçons et filles dés l’âge de 6/7 ans jusqu’à 16/17 ans. La encore certains gamins sont surpris de me voir pénétrer dans leur domaine privé, tout se passe bien au son de Tashi Dheley «bonjour au revoir» J’accompagne certains chercher de l’eau à la rivière, cette tache leu incombe, avec des jerricans plus ou moins importants selon leur âge. Ceux que j’aide doivent remonter de l’eau pour un de leurs instits, qui me voyant m’invite à rentrer chez lui boire du thé.
La nourriture, comme je le disais plus haut, est peu variée sur ces terres arides, l’altitude et l’été très court ne favorisent pas l’agriculture, rien ne pousse, les nuits froides empêchent également tout espoir de pousse. Cet environnement minéral est vraiment hostile. Diner sous la tente car le vent redouble, griffant mes joues abimées par le soleil, après le repas je suis invité à boire le thé dans une maison toute proche, j’y passe un moment agréable, la nuit est tombée lorsque je rentre, le ciel constellé d’étoiles laisse apparaitre une voie lactée lumineuse.
- – - – - – -
Dimanche 6 juin, journée farniente, ballade au village, je serre des mains, chose que j’ai appris aux enfants pour leur permettre de toucher une peau qu’ils ne connaissent pas sans qu’ils soient effrayés, ça marche, ce sont eux les premiers qui tendent le bras en rigolant. Je passe du temps avec eux, ils n’ont pas court aujourd’hui, je retourne à l’école pour le plaisir de tous. Je réussi à faire jouer des filles qui elles sont plus difficiles à approcher. Lorsque vous fixer tout ce beau monde dans les yeux pendant quelques secondes, ils vous sortent leur plus beau sourire, leurs dents blanches adolescentes illuminent leur visage brun foncé déjà buriné par le soleil, le vent et le froid. Fin d’après-midi, je retrouve l’équipe pour aller boire une bière chinoise de mauvais gout dans le seul tea shop du village.
- – - – - – -
Lundi 7 juin, route vers Daxung, nous passons à quelques encablures de la Gonpa de Borka que j’aurais aimé visiter, le guide me certifie qu’elle est interdite aux étrangers, j’ai du mal à le croire, je vais pourtant rester sur ma fin. Cinq heures de jeep nous mènent au bord du lac Dawa Tso 4700m, nous y camperon. Lac salé lui aussi, il est dominé par le Shak Gang Jam dont la cime argentée se mire dans celui ci. Je vais me répéter, superbes paysages tout au long de la journée.

















