Les autorités portuaire d’Ushuaia font amarrer les bateaux à la place qui leur à été attribuée. Les hélicoptères ainsi que des petits avions type «cesna» basés à Ushuaia nous survolent tout au long de ces manoeuvres, ce n’est qu’un ballet d’appareils, quel spectacle. Je quitte le bord pour faire quelques photos, tous les voiliers ne sont pas arrivés, cela va s’étaler pendant la nuit.

Samedi 20 mars, après une bonne nuit réparatrice, je sort faire un tour en ville, Serge est rentrée chez lui pour les trois jours que nous passerons à Ushuaia. Steven nous donne le programme des festivités. Aujourd’hui rien de prévu pour laisser le temps aux derniers bateaux de s’amarrer. Nous profitons, avec Bernard et François de l’après midi de libre pour aller visiter le glacier Martial, un taxi nous dépose au départ du téléphérique mais trop de vent a obligé la fermeture pour la journée. Pas grave nous montons à pied, l’exercice ne peut que nous faire du bien. 1h30 plus tard nous voici au pied, nous n’irons pas plus loin car la fin de la journée s’annonce et une neige fine nous surprend. Chocolat chaud au Ramos café, l’endroit à ne pas manquer d’Ushuaia, toujours du monde et une bonne ambiance.Diner et soirée tranquille a bord, les repas sont excellents et variés, rien à redire pour ma part, photos de nuit des voiliers à quai.

Dimanche 21 mars, rendez vous à l’entrée du port pour tous les équipages en préparation du défilé dans les rues de la ville, je ne m’attendais bien sur pas à participer à une telle cérémonie car pour moi, Xplore n’était qu’un bateau accompagnateur. Les autorités font placer tous les équipages dans un ordre défini et nous voilà parti au son des différentes musiques de chaque voilier, les Mexicains et Uruguayens ont aussi des danseurs. Défilé dans les rues d’Ushuaia, beaucoup de monde sur le parcours, de la joie et de la bonne humeur, je sort ma caméra pour faire partager en rentrant ce moment unique, Xplore bat pavillon Panaméen, nous sommes nous aussi largement applaudis, Peter et sa belle barbe poivre et sel reçoit beaucoup d’honneur. Je vis intensément ce moment car je sais que cela ne se reproduira pas de si tôt. Arrivée devant le port où les autorités nous donnes nos places, quelques danseurs Argentins viennent nous montrer une autre facette de leur musique, nous connaissons surtout chez nous le tango Argentin, mais je découvre là autre chose.

Hymne national Argentin, remise de cadeaux et plaquettes à chaque commandant de bord. Le tout se termine en musique bien sur, les Argentines ont le sang chaud et tous ces jeunes marins Sud Américain en profitent. Cerise sur le gâteau, je suis chargé de porter la pancarte signalant notre bateau avec le nom et la provenance de celui ci, me voila embarqué dans une série d’innombrables photos avec des jeunes et moins jeunes, des familles, des enfants voulant ne pas perdre le droit d’avoir la leur, c’est grisant, énormément d’Argentins mais aussi des touristes veulent se faire tirer le portrait, je me laisse aller à cette contribution avec beaucoup de plaisir. Retour à bord car j’ai rendez vous à 13h30 pour représenter le voilier à un déjeuner en dehors de la ville avec les marins des autres gréements «anciens bateaux à voile que l’on appelle gréements». Xplore n’a droit qu’a un invité mais étant donné qu’il y a une place dans le bus où je me trouve François peut m’accompagner. Nous roulons une trentaine de minutes en dehors de la ville, passons devant la station où l’équipe de France de ski vient s’entrainer pendant notre été Français. Nous nous retrouvons dans un restaurant en pleine montagne en compagnie d’au moins 150 autres marins Les moutons sont rôtis debout autour d’une braise conséquente. La aussi, superbe ambiance, le cabernet et la corona Argentin coule à flot. Ces festivités donnent l’occasion d’échanges avec des gens que l’on ne croisera certainement jamais, mais on apprend toujours dans ces échanges culturels. Au retour, nous visitons des points de vue ainsi qu’une scierie au bords d’un lac. Le reste de l’équipage est resté à bord car cet après midi, c’est porte ouverte sur les voiliers pour le public, beaucoup de monde d’après ce que l’on me dit. Ce soir nous sommes invités à dîner chez Serge et Cécilia, Patos leur ami que je connais est de la partie seul manque Steven notre captain qui avait un diner avec les commandants de bord sur un des voiliers. Je vais peut être me répéter, mais voila encore une super soirée, franche rigolade avec Peter and Diana notre couple d’Anglais. Retour en taxi à bord à une heure avancée de la nuit.

Lundi 22 mars, matinée à astiquer le pont car cet après midi nouvelle visite du public. J’ai le temps d’aller poster quelques cartes. Je suis à nouveau désigné pour représenter Xplore a un autre déjeuner des équipages, encore une fois François peut m’accompagner car il y a une place dans le bus. Cette fois nous partons pour le Parc National de Tierra del Fuego, immense parc dans les abords d’Ushuaia, comme hier nous nous retrouvons plusieurs dizaines de marins conviés à ces agapes. Aujourd’hui je me retrouve à table avec des jeunes Mexicains qui sont à l’école navale de leur pays pour devenir officier de marine après quelques années d’études et de voyages. Ils me disent beaucoup apprécier cette vie et bien sur la chance de leur vie de se retrouver dans cette régates de vieux gréements, six mois en mer va leur apporter beaucoup ainsi que la rencontre avec d’autres populations d’Amérique du Sud. Photos de notre table et Soto un des mexicain m’invite une fois arrivé à Punta Arenas à venir visiter leur navire en dehors des heures d’ouverture au public, ce que j’accepte volontier of course, j’espère vraiment trouver du temps et avoir cette possibilité une fois au port. Quelques arrêts au retour dans le parc et une bonne marche qui me fait digérer le trop plein pris au restaurant.

19h30 retour à bord, encore beaucoup de monde pour les visites cet après midi, Steven et maintenant en train de réparer le chauffage du bateau qui nous a lâché à l’Ile des Etats, effectivement avec toute l’humidité que génère la mer et le froid, il est important que le chauffage fonctionne. Nous ne resterons donc pas diner à bord et partons pour le restaurant « El Martinica» le moins cher de la ville, Ravier un ami de Serge que j’ai connu chez lui nous accompagne. En sortant du port nous rencontrons un black « très très rare par ici» et de surcroit Français né à Haïti, il vient diner avec nous, il est pour 6 mois en Amérique du sud entre l’Argentine le Pérou la Bolivie l’Uruguay et la Colombie. Il est en France prof d’EPS à mi-temps dans un collège,mais il travaille à temps complet en accord avec l’académie pour pouvoir avoir droit à six mois de vacances d’affilés. Il m’a confié qu’il s’était inscrit à Cusco ville Péruvienne, dans une université pour apprendre l’espagnol en stage intensif de trois semaines. Voila encore un mec intéressant. Il nous quitte au port juste après le feu d’artifice final qui va clore les festivités Argentine. Retour à bord après quelques photos de nuit et un ou deux, je ne sais plus, verre de cabernay Argentin sur le pond en compagnie d’Audrey et du captain, la température et douce où c’est alors le vin qui m’a réchauffé le corps, peut être pas l’esprit, ne soyons pas trop à cheval sur les principes, cette vie là mérite bien quelques verres supplémentaires, la musique Argentine aidant et facilitant l’ingestion du breuvage. J’entre dans ma couchette le coeur léger et l’esprit relâché, que la vie est belle et vaut vraiment le coup d’être vécu.
Une citation de Sénèque «A quoi sert de voyager si tu t’emmènes avec toi? c’est d’âme qu’il faut changer, non de climat»
Un proverbe Tibétain dit «Le voyage est un retour vers l’essentiel»
A méditer…….

Mardi 23 mars, nous quittons le port vers 11h du matin, pas mal de bateau sont déjà au large, nous nous dirigeons en direction du Cap Horn que nous atteignons mercredi avant le lever du jour. La navigation a été assez compliquée en raison d’un vent déraisonnable, je passe du temps dans ma cabine que je partage avec Serge, loupe un quart, mais l’on me dit qu’il n’y a rien de grave. Arrivée au Cap Horn ( ce sera mon troisième passage et oui s’il vous plait ) avant que le soleil nous inonde, les bateaux font des ronds dans l’eau toutes voiles dehors, régal des yeux, j’en ai les poils qui se hérissent, jamais ce spectacle n’a eu lieu et peut être certainement jamais plus, avant peut être un tricentenaire de cet évènement, je le rappelle l’indépendance du Chili et de l’Argentine. J’apprend que les vieux gréements ne font pas de compétition entre eux, seulement des présentations dans différents port, Brest ou Toulon pour la France, qu’elle opportunités unique d’être présent, de faire parti de cette flotte, car il faut savoir aussi que les alentours du Cap Horn ont été interdits aux autres navires pendant quelques heures, il est vrai que peut de navire croisent dans le coin. Quel moments magiques, je ne trouve pas de mots pour d’écrire ce spectacle, je m’appellerai Salvador Dali je dirai « fantasmagorique» et j’en ferai un tableau. Je suis vraiment fou de joie d’être ici.

Remontée du Canal de Beagle Ouest pour nous rendre à Punta Arenas. Je vais prendre une douche chaude et me glisse dans ma couchette pour un long moment de méditation sur ce que je viens de vivre depuis que je suis arrivée à Ushuaia. Depuis que j’ai mis les pieds à bord, je n’ai pas eu beaucoup l’occasion d’ouvrir le seul bouquin que j’ai mis dans mon bagage, le second tome des aventures de Bernard Ollivier lors de son périple sur la route de la soie, je m’en délecterai pendant mon prochain séjour au Ladakh. Je n’en suis pas encore là.

Jeudi 25 mars, je prend un quart tôt le matin pour assister à un sublime lever de soleil sur le Beagle, la Tierra del Fuego porte bien son nom, un ciel rouge éclatant inonde le paysage, certains peintres ou photographes seraient heureux d’être là pour figer l’ instant. Qu’il est loin mon train train. Nous croisons encore de superbes paysages tout au long de la journée, glaciers et autres montagnes enneigées dont le plus haut sommet culmine aux environs de 2450 m. Je dis en rigolant à Serge que je ne connais pas les Fjords Norvégiens et qu’à coté de ce spectacle ce doit être tristounet, exact me répond-il, je n’irai donc certainement pas les visiter

Vendredi 26 mars, j’ai du mal à trouver le sommeil pendant mon repos de 21h à minuit, trop de bouleversements dans ma tête. Je me retrouve pour mon quart de 1h à 4h sur le pont d’Xplore avec un ciel pur laissant bien apparaitre notre voie lactée, je vais m’assoir à l’arrière du voilier pour une légère méditation, j’observe ensuite la proue du bateau qui plonge langoureusement dans la vague pour en ressortir toute rugissante d’eau, le tout observé par un 3/4 de lune superbe, assombrie de temps en temps par quelques nuages esseulés. Quel émerveillement, je n’ai plus envie de bouger de là. Mon prochain repos me permet de trouver un sommeil calme. Réveil à 7h, j’enfile les vêtements de quart, arrive sur le pond et «mille sabords» dirait le capitaine Haddok, les étoiles ont disparues laissant place à un ciel plombé nous privant du lever de soleil, «tonnerre de Brest». Il bruine, il fait froid, pas vraiment envie de mettre le nez dehors, heureusement l’endroit ou nous naviguons ne nécessite pas d’être à la barre, le pilote automatique se charge de ce travail, nous pouvons donc rester un peu au chaud. Bien sur les 3h passent plus lentement, nous sommes rejoint à 9h par le reste de l’équipage pour un petit déjeuner. J’en profite pour mettre à jour mon travail et trier quelques photos. Le reste de la journée se passe dans la grisaille, pas de monotonie car le paysage est là pour faire rêver. Nous entamons aujourd’hui des quarts de 4h avant l’arrivée prévue demain matin à Punta Arenas. La nuit se passe bien, nous sommes de temps en temps accompagnés par un arc de lune à l’arrière du bateau, je ne connaissais pas ce phénomène, cela ressemble à un arc en ciel en noir et blanc. Nous allons entrée dans le détroit de Magellan, le vent est tombé, le moteur ronronne. La mer est presque d’huile, par moment on se croirait dans un film fantastique, la brume au ras des flots aidant à cette vision, manque plus qu’une hiboux sur la baume et le tour est joué. Cette nuit nous avons pris de l’avance sur l’horaire du rassemblement des bateaux pour l’entrée à Punta Arenas, nous mouillons à quelques miles du port, j’en profite pour aller dormir.

Samedi 27 mars 6h30 branlebas de combat sur le pont, la formation est en train de s’opérer, le jour pointe, c’est sous un magnifique levé de soleil que nous faisons notre entrée dans la baie, les bateaux en file indienne, accompagnés par deux hélicoptères, encore un moment grisant. Nous nous amarrons en couple à un bateau de la marine Chilienne. L’accueil au port est moins cérémonial qu’à Ushuaia, un peu de rangement et nous partons faire un tour en ville, je suis passé deux fois par ici mais trop peu de temps pour me souvenir. Déjeuner, visite du musée de la marine et nous grimpons au dernier étage d’un nouveau building qui abrite un casino, boire un café avec vue imprenable sur le port et tous ces voiliers. Ici aussi beaucoup de public pour la visite des bateaux.

Diner à bord ou le vin coule à flot, c’est la dernière soirée pour quatre des passagers, la soirée se prolonge. Quant à moi, Steven accepte que je passe sur le voilier les trois jours qu’il me reste au Chili, c’est génial, finie la navigation mais je suis à bord.

Dimanche 28 mars, après le départ des quatre personnes, je me remet au tri de photos et à quelques écrits. Nous allons déjeuner en ville avec Serge. Ce soir nous sommes invités tous les quatre à une réception sur le voilier Mexicain, alors là, nous avons droit à toute la crème de Punta Arenas, les commandants, seconds et autres gradés de toute les flottes, il y a une armada de grades de toutes sortes et de jolies Chiliennes, ce qui ne gâte rien à la fête. Une fois encore l’alcool coule à flot, après quelques discours de bienvenue du commandant et peut être d’un responsable de la manifestation, les agapes peuvent commencer. La musique est de la partie, au bout de quelques heures, l’on ne sent plus le froid sur le pont, car tout cela se passe à l’extérieur. Les officiers Mexicains sont assez ouverts et viennent nous saluer, les discutions bien sur tournent autour des bateaux, des voyages et du Cap Horn. A une heure bien avancé l’on nous invite Serge et moi à passer à l’intérieur, nous atterrissons tout de suite dans la partie réservée au commandant, des boiseries à n’en plus finir, des médailles et trophés à profusion. Les cuivres brillent de leur plus belle patine, il y a 252 marins à bord, donc des bras pour astiquer tout çà. Nous sommes conduit ensuite dans un carré d’officier en second, cette fois nous passons directement au café au lait, un peu de sérieux s’il vous plait. Un écran plat de télévision diffuse une rétrospective du bateau. C’est tard dans la nuit que nous rejoignons notre bord après avoir prit un rendez vous pour se retrouver le lendemain midi, percher en haut d’un des mats à quelque 45m de hauteur, attention le vertige. Le bateau est un trois mats.

Lundi 29 mars, difficile réveil à 9h, j’aurai bien fait une grasse matinée, ce matin au menu, nettoyage du pont et des vêtements de quart ainsi que des bottes, à laver a l’eau savonneuse et rincer à l’eau douce pour retirer le sel. Nous mettons tout cela à sécher sur le pont, une légère brise et un grand soleil vont aider au séchage. Il est 12h, l’heure de nous rendre sur le lieu du sacrifice, nous y allons le coeur joyeux. Arrivé à bord, déception, nous ne pourrons pas grimper, le commandant ne veut pas prendre le risque d’un accident aussi bien pour nous que pour les matelots au dessous qui pourraient prendre un objet tombé malencontreusement sur leur tête. Ils sont malades ces petits Français, vouloir s’envoyer en l’air sur mon voilier, quelle drôle d’idée. Je suis tout de même très déçu. Un officier en second se charge de nous pour nous faire une visite commentée du navire, il faudra se satisfaire de çà. Les écoliers de la ville se relaient sur le pont pour la visite, je pense que c’est aussi pour cela que le commandent n’a pas voulu prendre de risque. Déjeuner à bord et sortie en ville, par une superbe journée. Diner à bord avec 2 amis de Steven. Je crois que je suis entrain de choper une crève.