Jeudi 11 mars, me voici arrivé à Buenos Aires, long vol sans problèmes et aucune fatigue. Je prends un taxi qui va me déposer à l’aéroport national Aéro Parqué pour ensuite rejoindre Ushuaia après une escale technique à El Calafate au sud de l’Argentine. Je me retrouve avec 2 francaises qui passent ici une quinzaine de jours, discussion sur le pays qui d’après elles les a enchanté, paysages magnifiques, peuple accueillant, ce que je savais pour y avoir séjourné en 2008.
A mon arrivée je suis accueilli par Serge qui est venu me chercher, un grand bonheur de le retrouver au bout de 2 ans. Direction sa maison qu’il loue à Ushuaia avec Cecilia sa compagne, bon accueil. Le diner se prolonge tard, beaucoup de souvenirs à partager.
Nous sommes encore en été mais la température est basse, les maisons sont chauffées.
Bonne nuit de sommeil qui me permet de récupérer la nuit passée en vol. Lendemain midi, Patos un Argentin que j’ai connu sur le bateau «Esprit d’Equipe» qui m’avait amené en Antarctique vient nous rendre visite, il reste déjeuner avec nous d’un plat de pâtes au poisson. Dans l’après midi nous partons au port visiter le bateau «Xplore» qui va nous permettre de suivre une étape de la course de vieux voiliers Nous les suivrons de l’ile des Etats au Sud Est de l’argentine à Punta Arenas ville chilienne, belle régate en perspective. Nous venons d’apprendre que nous ne serons pas seulement un bateau suiveur mais nous ferons officiellement parti de la flotte.
C’est génial. Xplore, superbe voilier de 67 pieds, un peu plus de 20 mètres a été construit pour la course autour du monde en équipage à l’envers. Belle bête racée, en posant le pied j’en ai les poils qui se hérissent. Je pressent de merveilleux moments.
Nous trouvons à bord Steven le propriétaire et skipper, Audrey une française qui fait parti de l’équipage. Après un verre de bordeaux argentin, qui n’a rien à envier à certain de nos vins, nous sommes rejoints par un couple d’anglais amis de Steven, Diana and Peter, présentations, nous décidons d’aller diner en ville après avoir gouté une autre bouteille de ce breuvage dans un bar des environs. Diner dans un restaurant de viande, nous terminons la soirée dans un pub où la bière est de rigueur. Rencontre avec un couple de français, le monde est petit, après l’éclusion de quelques bouteilles de biéres et de discussions non sérieuses nous partons à la recherche d’un taxi pour nous ramener a la casa, il est 4 heures du matin, tout ça promet un beau programme.
Samedi 13 mars, un tour en ville avec Serge et Cécilia, j’achète un billet de bus qui va me permettre de rentrer de Punta Arenas à Ushuaia à la fin de la régate, Serge lui, va accompagner Xplore jusqu’en Uruguay. Ce soir nous avons des invités à la maison, amis de mes hôtes, nous nous retrouvons à huit pour une soirée pleine de rires et de bonne humeur, je retrouve quelque part ces soirées du Zanskar pleine de chaleur humaine, le coeur parle, on se laisse aller, je n’en tire que du bonheur, qu’elle est loin cette vie au carré que nous menons chez nous, ici aussi les gens prennent le temps de vivre, enfin je parle d‘Ushuaia car je suppose qu’à Buenos Aires et quelques villes importantes d’Argentine la vie est différente. Encore une courte nuit mais ce n’est pas grave, je ne suis pas venu pour dormir.
Dimanche 14 mars, après un déjeuner de poisson, Patos propose de nous accompagner en voiture au bateau, c’est aujourd’hui que nous embarquons, Cecilia ne sera pas du voyage. Il bruine, dans la journée le temps est très changeant, pluie soleil peuvent alterner souvent. Nous retrouvons à bord en plus des quatre personnes déjà citées deux français qui vont faire parti du voyage. Bernard et François, nous serons donc huit pour cette aventure que je prévoie exaltante. Finalement Steven décide de partir ce soir car la météo s’annonce mauvaise pour les deux jours à venir, il était prévu que l’on ne parte que lundi matin. En fin d’après midi nous partons par le canal de Beagles East à destination des iles des Etats où nous devons rejoindre la flotte des grands voiliers. Forte houle en partant d’Ushuaia, ce qui nous oblige à mettre les voiles, chose que je n’avais pas connu en 2008 au départ pour l’Antarctique, car le calme plat nous avait obligé à naviguer au moteur, ainsi qu’au retour. Je prend mon quart de minuit à trois heures et vers 2h30 une mer forte m’oblige à rentrer dans ma couchette. Le mal de mer se manifeste, rien à faire pour l’occulter, la solution la meilleure est de rester allongé les yeux fermés, je passe une bonne parie de la journée allongé. Audrey le lendemain me propose la pilule miracle qui devrait m’éviter ce désagrément. Wouhaou ça marche. nous mouillons dans une partie du Nord d’Est de l’ile. Le lendemain nous partons pour l’Est visiter le phare du bout du monde, en principe nous n’avons pas le droit de débarquer mais vu qu’il n’y a aucun bateau au mouillage nous décidons en commun de mettre pied à terre pour aller visiter le phare. Superbe journée malgré une mer forte mais sans problème. Déjeuner et retour au mouillage de la nuit précédente, mer encore plus agitée, je supporte les creux d’un mètre cinquante à deux mètres, c’est génial. Steven décide un départ pour le retour à Ushuaia le lendemain matin vers dix heures car la flotte des voiliers ne passera finalement pas par l’ ile des Etats à cause du mauvais temps qui leur a fait perdre beaucoup de temps, nous allons nous retrouver tous à Ushuaia. Effectivement la traversée pour rejoindre le canal de Beagles est mauvaise, je passe du temps dans ma couchette mais sans être malade, c’est rassurant pour les jours à venir.
Vendredi 19 mars, nous sommes à quelques heures du port, et rejoignons plusieurs bateaux de la flotte, la mer mauvaise nous oblige à naviguer au prés, c’est à dire que nous avons un fort vent de face nous obligeant à naviguer en crabe. Beaucoup plus fatiguant car nous devons constamment changer de cap. Nous arrivons à Ushuaia avec cinq autres bateaux sous un soleil magnifique,» Ra «est de la partie, c’est fabuleux, accueil avec les trompes et les bateaux pompes, le public est massé sur la route le long de la côte, la mer est pleine de petits voiliers et bateaux qui nous accompagnent jusqu’à l’entrée du port, des hélicoptères et autres petits avions sillonnent le ciel, moment magique, je me demande, posté à l’avant du voilier si tout cela est réel, ça ressemble à un reportage télé, c’est magique pour moi et pour les autres, comment peut on imaginer vivre un bonheur pareil!! Je m’imagine adolescent rêvant d’Ushuaia et voilà que mon rêve se concrétise, c’est fabuleux, malgré l’approche que j’en ai eu en 2008, cette arrivée dans le port me laissera un souvenir intarissable. Je sais que pour beaucoup cette sensation que je ressent va paraître dérisoire, mais pour moi elle est très importante, car dans ma jeunesse j’ai eu deux rêves, deux images qui courraient dans ma tête, le Tibet, que je vais bientôt découvrir et Ushuaia, ne me demandez pas pourquoi car je serrais incapable de vous répondre, mais la chose la plus pertinente pour moi est de les avoir misent en pratique, cela ressemble à une victoire, preuve que tout être humain est capable de mener à bien les idées ou sensations qui lui triturent l’estomac.