15 septembre, aujourd’hui on va passer la journée à couper du bois. Le monastère a reçu du bois en branche dont l’écorce a été retirée, il n’y a plus qu’à les scier à une certaine dimension, elles serviront ensuite à l’élaboration des plafonds intérieurs de la Gonpa qui est en pleine rénovation. Nous y passons la journée et je pense que demain nous allons remettre ça. Hier j’ai pris une jeep pour me rendre à Padum c’est guère plus cher que le bus, 20 roupies, 30 centimes d’euros, au lieu de 15 roupies pour le bus. Plus beaucoup de touristes, la saison des treks se termine. Je passe chez le barbier, rencontre Phuntok et Lama Sundup, nous allons boire un thé. Phuntok vient d’être reçu aux différents examens pour rentrer dans l’armée Indienne, je suis très heureux pour lui, c’est ce qu’il souhaitait. Il n’y a en Inde qu’une armée de métier comme chez nous. Il rentre dans un camp d’entraînement près de Leh pour 1 an, ensuite il aura une affectation. Il s’engage pour minimum 18 ans. Déjeuner, je vais faire un tour sur le net la boutique vient d’ouvrir, il est tout de même 14h, la aussi c’est le Zanskar. Je ne pourrais y rester longtemps, j’ai quelques courses à faire et le bus de retour pour Karsha n’attend pas. J’envoie quelques mails, répond en direct à Anthony mais je n’aurai malheureusement pas le temps de lui téléphoner comme il voulait.
17 septembre, hier comme prévu nous avons eu une seconde journée pour la coupe du bois. Tout s’est passé dans la bonne humeur, installés dans la cour sous un soleil de plomb, personne n’a à redire sur le fait qu’un tel ou un tel ne soit pas là, celui qui veut, participe et nous étions nombreux. Ce matin je descend au village rendre visite à une famille amie, ils veulent absolument que je reste déjeuner avec eux, ce que j’accepte bien volontiers. En début d’après midi nous nous rendons dans une maison voisine où a lieu une Puja, certainement pour une personne malade habitant les lieux, les Ladakhis font souvent faire des Pujas pour ce genre de situation. On nous ressert un plat de légumes avec chapatis accompagnés de thé au beurre, je ne me prive pas du thé car mon organisme ne rejette pas ce breuvage. Je n’aime pas refuser donc cela me facilite les choses. Je remonte à la Gonpa qui est toute calme, les jeunes moines étant à l’école. Je vais m’installer devant un livre que m’a prêté Yoann, écrit par le Dalaî Lama « Leçon d’Amour» je vous en direz plus lorsque je l’aurai avancé. J’avais auparavant terminé le bouquin de Bernard Ollivier sur la première partie de son périple à pied sur la route de la soie. Fort intéressant malgré sa mésaventure finale l’empêchant pour le moment de pénétrer en Iran. La suite dans le tome 2.
19 septembre, arrivée hier soir du groupe RBM de Yoann, je vais prendre un breakfast avec eux. Je passe ensuite voir Lamo avec qui j’ai passé une bonne partie de la journée d’hier. Elle se plaignait d’une douleur au dos, j’ai pris quelques médicaments avec moi au cas où. Effectivement la douleur c’est accentuée, je lui donne un anti-inflammatoire. Sa fille Stenzin Lamo c’est bien écorchée un doigt en rentrant les foins, je la soigne avec une pommade antiseptique. Je reste déjeuner avec elles. Une nonne entre et se joint à nous pour le repas. Dans l’aprés midi je vais récupérer ma Goncha chez Motup «long manteau en laine de mouton teint d’une couleur aubergine, un vêtement très chaud que nombre de Zanskarpa portent l’hiver, je l’ai également porté cet hiver, elle m’a suivi pour rentrer à leh en janvier par la rivière gelée appelée aussi «Chaddar» Je remonte étudier mon ladakhi à la gonpa et redescend vers 19h chez Tashi où je suis invité à dîner par Yoann. Bonne soirée.
Nous sommes en ce moment à l’époque des moissons. Le fourrage est sur le toit des maisons, c’est maintenant au tour de l’orge, du blé à être récoltés, les vaches et dzos «coupage entre yacks et vaches» sont attachés à un piquet planté dans le sol et tournent en rond pendant quelques jours pour séparer le grain de la cosse. Les femmes pendant ce temps sont chargées de séparer les petits pois qui ont séché, de leur cosse avec un outil spécial en bois, elles envoient le tout dans les airs, l’idéal et qu’il y ai du vent, ce qui permet la séparation. Tout cela dans la bonne humeur. Au cour de l’hiver les pois sont mis en farine qui sert à la préparation des Pabas «mélange de farine d’orge et de petits pois», c’est délicieux avec un plat de légumes en sauce, et servent aussi de complément à la nourriture animale. Tout se fait à la main, pas de machine. Ils se servent de moulins à eau installés dans le village le long de la rivière pour transformer le grain en farine. Une fois les moissons terminées les villageois peuvent souffler et se reposer. L’hiver est la saison des festivals, des mariages aussi. Ils prennent un autre rythme de vie, on se reçoit beaucoup plus souvent, c’est également la saison où l’on fait des bébés, le froid vif et sec n’empêche pas tout cela. La vallée du Zanskar c’est parée de son manteau blanc, les images sont magnifiques, la lumière est superbe sous le ciel bleu, j’ai vécu ici l’hiver dernier. A savoir que l’on ne peut entrer au Zanskar ou en sortir que de Mai à Novembre. Le seul moyen de rejoindre Leh capitale du Ladakh est, en Janvier et Février le fleuve gelé. Nous pouvons en 5 ou 6 jours selon l’état de la glace atteindre Leh. C’est aussi une sacrée expérience de vie se partage avec les Zanskarpas sur le fleuve, malgré les petits bobos que l’on traîne avec soi.
Le Ladakh compte environ 150000 habitants pour une superficie égale a peu près à l’Autriche. Le Zanskar en comprend environ 14000 qui vivent en partie en autarcie. Le Ladakh entretient en majorité une philosophie Bouddhiste basée sur le bouddhisme Tibétain, le Ladakh est appelé le «Petit Tibet», les musulmans étant la seconde religion. Malgré son appartenance à l’état Indien, la religion Indouhiste n’a pas pu s’implanter ici, il n’y a donc aucune caste. Le Ladakh et le Zanskar étant enclavés dans la muraille Himalayenne, il y a peu de précipitation, environ 120 millimètres par an en comptant les neiges hivernales, comparable au Sahara. Le Zanskar se situe entre 3700 et 4000 m, à cette altitude les forêts et la végétation sont rares, ont peu le classer dans les zones désertiques.
Le village de Karsha où je vis, est située dans une région très ventée, à la jonction de 3 vallées. Une venant de Leh au nord une seconde venant de Manali au sud et enfin une troisième venant de Kargil à l’ouest, le paysage est tellement magnifique que l’on ne va pas s’en plaindre. Padum la capitale du Zanskar qui compte environ 4000 habitants se situe dans la même vallée juste en face de Karsha. Deux rivières, la Tsarap venant du sud et la Doda venant de l’ouest se rejoignent à Padum pour former la Zanskar qui va se jeter dans l’Indus à l’ouest de Leh. La Zanskar comme je l’ai dit plus haut prend le nom de Chadar en hiver « fleuve gelé» qui permet de rejoindre Leh au Zanskar pendant deux mois d’hiver. La majorité des Zanskarpas vivent de cultures et de leurs animaux lorsqu’ils en possèdent. L’alimentation n’est pas variée mais complète.
23 septembre, aujourd’hui déjeuner sur l’herbe, je rejoint dans la matinée la famille de Lamo qui est aux champs où ils passent de longues journées pendant les moissons. Le travail est rude mais se fait dans la bonne humeur, les rires fusent, les plaisanteries avec les familles voisines aussi. En arrivant chez elle, je m’étais régalé d’un fromage caillé servi tiède dans son liquide, les papilles se sont réjouies.
24 septembre, je passe pratiquement la journée au temple en réfection. Deux charpentiers viennent d’arriver de Tsazar, village voisin, ils sont là pour 4 – 5 jours, ils vont refaire des fenêtres sur mesure pour la Gonpa, je reste un long moment avec eux, ils travaillent tout à la main, c’est impressionnant à notre époque. Ils m’invitent à déjeuner. Du mouton mijote entre le riz et les légumes. Norbu le cousin de Lama Sundup est chargé de la logistique. Je passe l’aprés midi dans le temple avec Ossal, jeune moine, à préparer des lampes à beurre, il y en a à peu près 200 qui vont servir pour les prochaines Pujas. Cela prend du temps, tout d’abord essuyer les lampes en laiton, fabriquer les mèches en laine de mouton, faire fondre le beurre pour le rendre liquide, laisser refroidir légèrement la marmite, verser l’huile dans une théière et remplir les lampes une à une. 4h p.m. nous sortons dans la cour boire une thé préparé par Norbu. Ce soir je suis invité chez Lama Dogpa.
Encore une fois que puis-je reprocher à cette vie? pas d’infos! pas de distractions occidentales! pas de cotations en bourse! pas de simagrées de nos gouvernants et chefs d’entreprise en mal de pouvoir! En fait une fois ici, pour moi, tout ceci n’a plus aucune espèce d’importance. Non je ne renie pas la vie que j’ai mené où que je mène une fois rentré chez moi – car pris dans un système – Mais si aujourd’hui je devais être amené à choisir un mode de vie, il n’est pas certain du tout que je choisisse l’occidental. 22h, je rentre de mon dîner avec le Lama où le Head Lama nous à rejoint, il ne dîne jamais, se contentant de thé et de fruits secs. Bonne soirée encore. Samedi 26 septembre, nous trouvons avec Ossal jeune moine, une jeep qui va à Padum, cela évite d’attendre le bus. Il va passer le week end à Thundri le village de sa famille, il lui faudra trouver un autre moyen de transport à Padum pour s’y rendre. Nous allons prendre un thé et une tukpa «soupe de pâtes et de légumes». Je passe chez le barbier, beaucoup de shops restent porte close, je n’en connais pas la raison. Vers 13h après avoir déjeuner, je rencontre Lama Wanguyal qui me dit que cela n’ouvrira pas de la journée, internet fait parti de la liste. Lama me dit qu’il rentre à Karsha à pied, je suis ok, je n’aurai pas à tourner en rond en attendant le bus de retour. Il fait beau, pas trop chaud, on y va pour une ballade de 2h15, les 9 km ne me faisant plus peur. Ces quelques mois passés à 3700m m’auront forgés l’organisme, je devrais être en pleine forme en rentrant pour monter mes 3 étages sans ascenseur en courant. Ce soir je dîne avec les charpentiers, soirée momos au mouton.
27 septembre, aujourd’hui Puja spéciale chez Lamo à Karsha, 8 Lamas y participent ainsi que moi. La séance débute à 10h pour se terminer à 20h30, je tiens jusqu’au bout, il faut dire que nous avons été très bien nourris par la famille et Lama Sundup qui a passé sa journée en cuisine. Une Puja pour Lamo qui a toujours des problèmes de santé, cela se fait beaucoup au Zanskar. En rentrant Lama Sundup me prévient qu’il part demain matin en jeep pour Kargil à 4h du matin, lui aussi a encore un problème à un genou, suite à son accident de moto il y a environ 4 semaines. Il va passer une radio à l’hopital, cela lui prendra 4-5 jours.
Ce matin on me prévient que Tashi et sa famille sont rentrés de Leh hier. Je vais les laisser se reposer un peu et passerai les voir cet après-midi. Déjeuner avec mes copains charpentiers, nous nous installons dans la cour de la Gonpa sous un agréable soleil de septembre. Un couple de Belge de passage me propose de faire quelques photos avec les charpentiers et de les envoyer une fois rentrer à une personne de ma famille, j’ai trouvé ce geste super sympa. Je descend voir Tashi, je ne trouve que Dolma sa femme et Nomdol sa fille, lui est parti ce matin à Padum. Je ne l’attend pas.
29 septembre, je passe voir Tashi, il reçoit quelques personnes qu’il n’a pas vu depuis pas mal de temps, je les laisse tranquille, nous nous fixons rendez vous pour ce soir à dîner. Très bonne soirée.
30 septembre, ce matin je rencontre le Head Lama qui me dit que Thubstan cherche à me voir, je le trouve il est venue pour m’inviter à dîner. Thubstan est un ancien maire de Karsha. Je descend au village vers 18h30 avec des documents que m’a confiée une amie Française. Nos discutons du travail qu’il aura à faire et nous mettons d’accord pour nous retrouver quelques jours plus tard pour un enregistrement phonique de ses recherches. Les Zanskarpas sont beaucoup plus disponibles maintenant que les moissons sont terminées. Quelques uns sont encore aux champs pour les labours, la encore pas de machine, 2 dzos ou yacks tirent une charrue de bois dirigée par le paysan. Cet après -midi Lamo passe me dire bonjour, elle va beaucoup mieux, est-ce le résultat de la Puja!!!!!!!
Aujourd’hui journée calme à la Gonpa, après la Puja du matin j’en profite pour étudier et poursuivre le livre du Dalaï Lama «Leçon d’Amour» Il traite de l’apprentissage d’une méditation sur l’Amour et la Compassion, elle permet d’élargir le cercle de ses relations affectives, en faisant par exemple, de son ennemi un ami. Ce soir dernier dîner avec les charpentiers qui ont terminé leur travail pour la Gonpa, ils rentrent demain dans leur village respectif. Ils veulent absolument que je goûte du poumon de mouton cru, je m’exécute mais n’en ferai pas mon mets de tous les jours. Je verrai le résultat sur mon organisme dans quelques jours.
3 octobre, je descend au village voir Tashi, nous nous étions fixé un RDV, j’ai des traductions à lui faire faire, commandées par la même amie Française. Tashi m’offre un bol en bois pour mes repas au monastère ainsi qu’un Mala qu’on pourrait traduire chez nous par «Chapelet» il me sert pendant les Pujas pour réciter des Mantras « prières Bouddhistes» Les Pujas sont exclusivement en Tibétain, ne maîtrisant pas la langue les moines m’ont conseillé cette pratique. Pour le déjeuner nous sommes rejoint par «big» Targues, il sort d’une nuit de Puja chez lui et a les traits tirés.
Lama Sundup est rentré de Kargil hier soir. On lui a fait 2 radios du genou, il lui est conseillé de rester au repos pendant 3 semaines, je ne pense pas qu’il puisse tenir ce souhait, à cause de ses charges au monastère. Ce matin il était déjà sur sa moto pour se rendre à Padum. Quant à moi aujourd’hui, je suis allé avec Tashi visiter 3 familles dans des villages différents, dont la famille de mon filleul à Salapi. Le temps c’est remis au beau après une journée d’hier orageuse mais sans une goutte d’eau.Depuis que je viens au Zanskar je n’ai encore pas connu d’orage je ne sais pas si cela existe, il va falloir que je pose la question.